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Patrimoine 25 Mai 2026

L'Église Saint-Pierre-et-Saint-Paul : Un Chef-d'Œuvre au Cœur de Freigné

Dominant la vallée et les eaux de l'Erdre, l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul est le joyau architectural de Freigné. Derrière ses voûtes néo-gothiques se…

Par Les Amis du Patrimoine de Freigné · · 9 min de lecture


L'Église Saint-Pierre-et-Saint-Paul : Un Chef-d'Œuvre au Cœur de Freigné

Dominant la vallée et les eaux de l'Erdre, l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul est le joyau architectural de Freigné. Derrière ses voûtes élancées de style néo-gothique se cache une histoire de résilience, celle d'un village qui a su se mobiliser pour rebâtir son patrimoine.

La façade néo-gothique de l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Freigné et sa grande porte rouge, sous le clocher qui culmine à 51 mètres.
La façade néo-gothique de l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Freigné et sa grande porte rouge, sous le clocher qui culmine à 51 mètres.

L'édifice originel : un héritage effacé par le temps

Bien avant que la flèche actuelle ne perce le ciel des Vallons-de-l'Erdre, une première église se dressait sur la place du village. Modeste mais hautement symbolique, elle abritait l'enfeu (le caveau) des puissants seigneurs de Bourmont.

Les affres du temps et les ravages de la période révolutionnaire eurent raison de ses murs. Au milieu du XIXᵉ siècle, le bâtiment menaçait ruine. Il ne pouvait plus accueillir dignement les paroissiens. Il fallait agir.

L'intérieur de l'église pendant sa fermeture : sol jonché de fientes et de plâtras, témoin de l'urgence qui a mobilisé l'association.
L'intérieur de l'église pendant sa fermeture : sol jonché de fientes et de plâtras, témoin de l'urgence qui a mobilisé l'association.

De cette église-là, on ne connaît pas la date de construction. On sait qu'elle existait en 1123 : un document de cette année-là, sous le règne de Louis VI le Gros, rappelle que la paroisse de Freigné relevait du diocèse de Nantes, alors qu'elle se trouvait en terre d'Anjou. Elle était bâtie plus à l'est que l'actuelle et touchait la maison du n° 16 de la place : la rue n'existait pas encore.

En pierre, sans style et peu entretenue, elle mesurait de 35 à 40 mètres de long sur 25 de large. Un procès-verbal de l'archidiacre de Nantes, daté de 1686, la décrit déjà en mauvais état : murs lézardés, couverture à refaire. Elle tiendra pourtant encore cent soixante ans. Pendant sa démolition et le chantier de la nouvelle, un bâtiment provisoire en bois abrita la paroisse.

Le cimetière occupait alors le nord et l'ouest de l'église, avec un arbre planté à son entrée : tradition ancienne, symbole de vie après la mort. C'est sous cet arbre que le prêtre percevait les sommes dues au culte : il lui était interdit de les recevoir à l'intérieur de l'édifice. Une autre chapelle, dédiée à saint Martin, se dressait sur le Pâtis Bouzin, devant la ferme du Porche ; elle fut démolie en 1849, comme l'ancienne église.

Ce Pâtis Bouzin portait aussi le gibet où se rendait la justice courante : vols, troubles sur la voie publique. Le condamné y était attaché à la risée de tous, autant de dimanches que durait sa peine. Bouzin désignait un mauvais lieu, plein de tapage et de vacarme : c'est de là, rapporte le Cercle Culturel, que vient l'expression « faire du bousin ».

1849 : le début d'un chantier monumental

L'audace de la commune, sous l'impulsion du maire Alexis Gaudin, fut remarquable. Pour financer la construction d'une nouvelle église, la municipalité décida la vente de 484 hectares de terrains communaux (les landes) : l'adjudication de 1847 rapporta la somme considérable de 223 746 francs. Le projet fut confié à l'architecte angevin Édouard Heulin, et la construction à l'entreprise Fidèle Dodin, de Nantes. La première pierre fut bénite le 23 avril 1849, après la démolition de l'ancienne église et de la chapelle attenante ; la première grand-messe y fut célébrée dès le 29 mai 1851, jour de l'Ascension.

Conçue dans un magnifique style gothique inspiré du XIIIᵉ siècle, elle devint rapidement l'une des plus vastes et des plus belles églises de la contrée. Elle fut officiellement consacrée le 10 avril 1866 par Monseigneur Angebault, évêque d'Angers. L'aménagement intérieur fut parachevé en 1903.

Deux épreuves au XXᵉ siècle

Le destin de l'édifice ne fut pas un long fleuve tranquille. En 1948, un violent orage abattit le clocher. Le coq fut retrouvé dans la cour de la ferme du Porche, et les anciens racontent qu'on venait le voir et le toucher avant qu'il ne remonte au sommet de la croix. Sept ans plus tard, en 1955, un incendie ravagea le chœur et détruisit entièrement la grande porte de la sacristie. À chaque fois, la communauté freignéenne se remobilisa pour relever son église, cette même résilience qui anime aujourd'hui l'association.

Un siècle de colères du ciel

L'orage de 1948 n'est pas un accident isolé. Posée sur son éperon rocheux, au-dessus de la vallée, l'église de Freigné est le point le plus exposé du bourg, et ses vitraux, sa flèche et sa toiture en ont payé le prix pendant tout le XXe siècle.

  • 13 février 1900, une tempête endommage la toiture, des vitraux et deux clochetons, ainsi que de nombreux bâtiments du bourg et de la campagne.
  • 1er mai 1914, de gros grêlons abîment la rosace sud.
  • 1er juillet 1914, deux mois plus tard, un orage de grêle saccage toute la façade sud et ses verrières.
  • 1948, l'orage abat le clocher ; le coq atterrit dans la cour de la ferme du Porche.
  • 26 décembre 1999, la tempête Lothar emporte une partie de la toiture ; des traverses de charpente menacent de tomber, les employés municipaux doivent dresser un périmètre de sécurité sur la place et l'électricité du bourg reste coupée de 7 h à 16 h.

Cette chronologie a été rassemblée par le Cercle Culturel de Freigné dans Petite et Grande Histoire de Freigné, à partir des écrits conservés dans la commune. Mise bout à bout, elle raconte autre chose qu'une suite de malheurs : à chaque fois, l'édifice a été relevé. C'est le même geste, répété de génération en génération, qui explique qu'il soit encore debout aujourd'hui.

Des trésors intérieurs protégés par l'État

Pénétrer dans l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul, c'est découvrir un ensemble artistique d'une rare cohérence. Le chœur et les transepts sont illuminés par l'œuvre du maître-verrier nantais René Échappé. Trois de ces vitraux, celui du parvis et les deux rosaces latérales, sont classés au titre des Monuments Historiques.

L'une des grandes rosaces de l'église de Freigné, l'archange saint Michel en son centre : un vitrail classé Monument Historique, chef-d'œuvre du maître-verrier nantais René Échappé.
L'une des grandes rosaces de l'église de Freigné, l'archange saint Michel en son centre : un vitrail classé Monument Historique, chef-d'œuvre du maître-verrier nantais René Échappé.

Le regard est aussi attiré par les peintures décoratives ornant les chapelles, œuvres des artistes angevins Grasneau et Robert (1861-1865). Le chœur se distingue par un remarquable carrelage en grès émaillé et de majestueuses stalles en bois sculpté par Grasneau en 1872. Le chemin de croix, lui, fut offert en 1887 par Raoul de Bourmont, moine trappiste.

Le retable polychrome d'une chapelle latérale et ses statues, sur fond de murs peints.
Le retable polychrome d'une chapelle latérale et ses statues, sur fond de murs peints.
Peinture murale de l'église de Freigné : voûte bleue étoilée, fresque de l'Assomption entourée d'anges et statue polychrome de la Vierge, dans une chapelle au décor entièrement peint.
Peinture murale de l'église de Freigné : voûte bleue étoilée, fresque de l'Assomption entourée d'anges et statue polychrome de la Vierge, dans une chapelle au décor entièrement peint.

Les peintures murales et leur signature

Si la nef conserve la pierre nue de ses hautes voûtes, certaines parties de l'église, le chœur et les chapelles, sont en revanche richement peintes : voûtes bleues semées d'étoiles d'or, frises, fleurs de lys, médaillons et grandes fresques mariales comme l'Assomption. Ces peintures murales donnent à ces espaces une atmosphère saisissante, et, fait précieux, elles sont datées et signées. Sur l'une des frises court l'inscription peinte « CAMILLE ROBERT PINX. DECORAV. 1862 » : en latin abrégé, pinxit (« a peint ») et decoravit (« a décoré »), soit « Camille Robert l'a peinte et décorée, en 1862 ». On y reconnaît le « Robert » qui, avec Grasneau, orna ces parties de l'église entre 1861 et 1865.

La signature peinte des décors de l'église de Freigné : « Camille Robert pinx. decorav. 1862 », Camille Robert l'a peinte et décorée en 1862.
La signature peinte des décors de l'église de Freigné : « Camille Robert pinx. decorav. 1862 », Camille Robert l'a peinte et décorée en 1862.
L'intérieur de l'église de Freigné : la nef néo-gothique, ses voûtes, le chemin de croix en bas-relief et le sol en carreaux de grès émaillé.
L'intérieur de l'église de Freigné : la nef néo-gothique, ses voûtes, le chemin de croix en bas-relief et le sol en carreaux de grès émaillé.
Le sol de carreaux de ciment à motifs de croix, dans la nef, photographié pendant les Journées du Patrimoine 2026.
Le sol de carreaux de ciment à motifs de croix, dans la nef, photographié pendant les Journées du Patrimoine 2026.

L'église de Freigné conserve aussi de belles statues polychromes, dont celle de saint Maimbœuf, évêque d'Angers, reconnaissable au taureau couché à ses pieds, ainsi que de grands tableaux du XIXᵉ siècle, tel « Les Femmes au tombeau », scène de la Résurrection présentée près du chœur.

Statue polychrome de saint Maimbœuf, évêque d'Angers, dans l'église de Freigné : le taureau couché à ses pieds est son attribut.
Statue polychrome de saint Maimbœuf, évêque d'Angers, dans l'église de Freigné : le taureau couché à ses pieds est son attribut.
Le tableau « Les Femmes au tombeau » dans l'église de Freigné, devant les vitraux classés de saint Pierre et saint Paul.
Le tableau « Les Femmes au tombeau » dans l'église de Freigné, devant les vitraux classés de saint Pierre et saint Paul.

Un clocher à 51 mètres d'altitude

À l'extérieur, la flèche hexagonale en tuffeau est couronnée d'un coq qui culmine à 51 mètres du sol. À 34 mètres, une promenade entoure le clocher, lequel abrite fièrement quatre cloches baptisées en 1899 sous le pontificat de Léon XIII : le bourdon Germaine, la grosse cloche Renée, la moyenne Bertrande et la petite Jacqueline. Aujourd'hui, l'association des Amis du Patrimoine de Freigné œuvre sans relâche pour que ce joyau, dont l'horloge a récemment retrouvé sa voix, puisse rouvrir ses portes au public et continuer de traverser les siècles.

La grande porte de l'église, restaurée : ses ferrures ouvragées et son rouge profond retrouvés, encadrées par les colonnettes néo-gothiques en tuffeau.
La grande porte de l'église, restaurée : ses ferrures ouvragées et son rouge profond retrouvés, encadrées par les colonnettes néo-gothiques en tuffeau.

Face à la grande porte se dresse, depuis le 7 mai 1922, le monument aux morts de la commune, surmonté d'une Jeanne d'Arc en pierre de Chauvigny. L'histoire du monument aux morts de Freigné et la liste de ses 101 noms.

Situer ce lieu sur la carte interactive des Vallons-de-l'Erdre

L'horloge, les cloches et les 86 marches

L'horloge du clocher vient de la première église : elle avait été donnée par le recteur Morin, et elle fut transférée dans le nouveau clocher, où elle servit jusqu'en 1882. Il fallait la remonter à la main, tous les jours : le sacristain gravissait pour cela les 86 marches de l'escalier de granit. Plus tard, ce fut Victor, l'employé municipal, qui en eut la charge. Le cadran actuel est une pièce peu banale : il est en lave de volcan et pèse environ 80 kilos.

L'horloge fut électrifiée en 1963, mais un orage de grêle l'endommagea aussitôt, et Victor dut la remonter à la main pendant trois mois, le temps de la réparation. En septembre 1990, une horloge électronique a pris le relais. Les deux générations de mécanisme cohabitent aujourd'hui dans le clocher : l'ancien, deux mètres de haut, regarde le nouveau, qui se mesure en centimètres.

Quant aux cloches, celles de 1899 ne sont pas les premières. Freigné a reçu la sienne en 1744 : elle s'appelait Marie-Catherine et avait été offerte par la famille Maillet de La Tourlandry. Chaque paroisse n'avait alors le droit d'en posséder qu'une, pour les cérémonies et pour le tocsin. Toutes furent réquisitionnées à la Révolution et fondues pour faire des canons et de la monnaie. En 1804, le conseil de fabrique décida d'en remettre une : une quête fut faite dans la paroisse, et la cloche fut baptisée le 9 juillet 1805 sous le nom de Pierre, Paul, Marie, Juliette.

Un siècle d'épreuves, et pourquoi les portes sont fermées

Le clocher de 1948 et l'incendie de 1955 ne sont que deux épisodes d'une liste plus longue, relevée par le Cercle Culturel de Freigné dans les écrits de la commune.

  • 1904, à la séparation de l’Église et de l’État, une émeute éclate : la grande porte est attaquée à coups de hache. Elle ne sera remplacée qu’après la Seconde Guerre mondiale.
  • 1939-1945, les hommes du bourg montent au clocher : de là-haut, on aperçoit les flammes des bombardements de Nantes.
  • 1948, la foudre abat le clocher. Après réparation, le coq est reposé par Jean Bernard, ancien prisonnier allemand installé à Freigné ; un ouvrier, Joseph Buron, tient le pari fou de faire le funambule sur l’échafaudage. Un paratonnerre est installé dans la foulée.
  • 5 février 1955, l’église échappe à un incendie qui la menaçait en trois endroits. La sacristie est dévastée, ainsi que la grande porte donnant sur le chœur ; une collection d’objets sacrés disparaît.
  • 2008, la personne chargée d’ouvrir l’église chaque matin trouve un morceau de voûte tombé dans la nef. Une souscription est lancée, les Freignéens y répondent, et la voûte est entièrement restaurée en 2011.
  • 25 septembre 2018, vers 17 heures, de la fumée s’échappe de la toiture côté est : le feu couvait depuis quelque temps sous le toit. Les sapeurs-pompiers maîtrisent plusieurs poutres en train de se consumer. L’horloge électrique s’était arrêtée à 13 h 30.
  • 2020, des contrôles de sécurité alertent sur la fragilité de l’édifice : son accès est interdit par arrêté préfectoral.

C'est cet arrêté de 2020 qui tient aujourd'hui l'église close, et c'est lui que l'association travaille à faire lever. Le précédent de 2008 dit pourtant l'essentiel : une voûte tombée, une souscription, des habitants qui répondent, et trois ans plus tard l'édifice réparé. Ce qui a marché une fois peut marcher encore.

Trois choses à chercher sur place

Le banc de publication. Place du Chêne-Vert, côté sud de l'église, un petit escalier de trois marches. Tous les dimanches, le garde-champêtre y montait pour annoncer les arrêtés communaux. Il est toujours là.

La première pierre. À gauche de la grande porte, la pierre bénite et posée en avril 1849 porte encore son inscription gravée.

Le carreau retourné. Les mosaïques de la grande allée, du chœur et des chapelles datent de 1902 et viennent de Paray-le-Monial, maison spécialisée dans les carrelages d'église. Au centre de la deuxième rangée, un carreau est posé différemment des autres. Personne ne sait pourquoi. Le Cercle Culturel avance une hypothèse qui vaut ce qu'elle vaut, et qu'on aime bien : la signature du carreleur.

Pour sonner en harmonie les quatre cloches de 1899, il fallait cinq hommes. Le conseil municipal en a voté l'électrification en 1990. Le chauffage, lui, avait été installé en 1979.

Ce lieu se trouve sur la commune de Freigné, dans les Vallons-de-l'Erdre. À lire aussi : histoire et patrimoine de Freigné.

Questions fréquentes

Quand l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Freigné a-t-elle été construite ?

L'église actuelle, de style néo-gothique inspiré du XIIIᵉ siècle, a été édifiée à partir de 1849 sous l'impulsion du maire Alexis Gaudin, puis consacrée le 10 avril 1866 par Monseigneur Angebault, évêque d'Angers. Elle remplaçait une église plus ancienne tombée en ruine.

Que voir à l'intérieur de l'église de Freigné ?

Des vitraux du maître-verrier nantais René Échappé (dont trois classés Monuments Historiques), les peintures murales du chœur et des chapelles (Grasneau et Robert, 1861-1865), un carrelage en grès émaillé, des stalles en bois, la statue polychrome de saint Maimbœuf et le tableau « Les Femmes au tombeau ».

Quelle est la hauteur du clocher de l'église de Freigné ?

La flèche hexagonale en tuffeau, couronnée d'un coq, culmine à 51 mètres. Une promenade entoure le clocher à 34 mètres ; il abrite quatre cloches baptisées en 1899.

L'église de Freigné a-t-elle été endommagée au XXᵉ siècle ?

Oui, deux fois : un violent orage a abattu le clocher en 1948, et un incendie a ravagé le chœur en 1955. À chaque fois, le village s'est mobilisé pour la restaurer.

Sources & pour aller plus loin