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Patrimoine 03 Mai 2026

Le Pont et le Lavoir Triannon : un Témoin du XIXᵉ Industrieux

Construits en 1860 dans le schiste local, le pont et le lavoir Triannon (rue Marie-Lardeux à Freigné) racontent le petit patrimoine vernaculaire qui…

Par Les Amis du Patrimoine de Freigné · · 3 min de lecture


Le Pont et le Lavoir Triannon : un Témoin du XIXᵉ Industrieux

Rue Marie-Lardeux, à la sortie du bourg de Freigné, le pont et le lavoir Triannon forment un ensemble modeste mais émouvant. Ces deux ouvrages ont été édifiés en 1860 dans le schiste local, lors de la création de la route reliant Freigné au Pin. Avant cette date, on franchissait la rivière à gué durant l'été, sur une petite levée prolongée d'un « pont en turcie », un tressage de branchages recouverts de terre. Le chantier fut financé, comme l'église et la mairie, par la grande vente des landes communales.

Le pont de Triannon et ses arches de schiste, reflétés dans l'eau calme de l'Erdre à Freigné.
Le pont de Triannon et ses arches de schiste, reflétés dans l'eau calme de l'Erdre à Freigné.

Triannon, l'ancien presbytère

Le nom de Triannon vient d'un peu plus haut : à l'angle du Chemin de l'Enfer et de la rue Marie-Lardeux se dressait le premier presbytère connu de la paroisse, mentionné dans les documents religieux dès 1610. Le Chemin de l'Enfer, malgré son nom, reliait tout simplement autrefois Freigné à Saint-Mars-la-Jaille.

Le Cercle Culturel de Freigné en dit un peu plus sur ce bâtiment. C'était le plus ancien presbytère de Freigné, élevé sur les terres du prieuré Saint-Pierre-et-Saint-Paul. En 1789, l'année de la Révolution, il était habité par Antoine-Luc Morin, curé réfractaire — celui-là même qui a donné son nom à la rue du Recteur-Morin et qui offrit à la première église l'horloge que l'on remonte encore au clocher. Et de 1850 à 1860, ce presbytère désaffecté a servi d'école à quelques filles du bourg, avant que l'école ne déménage rue du Mont-Friloux. Une maison de prêtres, devenue maison d'enfants, puis nom d'un pont et d'un lavoir.

Le schiste, pierre des Vallons

Le choix du schiste pour la maçonnerie n'est pas anodin. C'est la pierre par excellence des Vallons-de-l'Erdre, exploitée localement, notamment dans les ardoisières voisines (Vritz, Renazé). Sa teinte sombre, sa résistance à l'eau et sa facilité de débitage en feuillets en font le matériau idéal pour les ouvrages de bord de rivière.

Un lavoir, lieu de vie sociale

Le lavoir couvert de Triannon, construit dans le schiste local : les femmes y lavaient le linge, à genoux sur la pierre au bord de l'eau.
Le lavoir couvert de Triannon, construit dans le schiste local : les femmes y lavaient le linge, à genoux sur la pierre au bord de l'eau.
Le lavoir couvert vu depuis la rive du plan d'eau, le 20 septembre 2026.
Le lavoir couvert vu depuis la rive du plan d'eau, le 20 septembre 2026.
Sous la charpente du lavoir : les piles de bois se reflètent dans l'eau du plan d'eau.
Sous la charpente du lavoir : les piles de bois se reflètent dans l'eau du plan d'eau.

Avant l'arrivée de l'eau courante, le lavoir était un lieu de sociabilité fondamental, particulièrement féminin. Les lavandières s'y retrouvaient pour battre le linge, mais aussi pour échanger nouvelles et rumeurs. Deux foyers permettaient d'y chauffer l'eau afin de passer la lessive « au bleu ». Utilisé par toutes les familles de la partie ouest du bourg, en toutes saisons, il servit longtemps : la lavandière Clémentine Jannau y lavait encore son linge en 1970. Le lavoir Triannon, modeste mais bien conservé, est l'un des derniers de ce type dans le secteur.

Janvier 1993 : le lavoir sous l'eau

La première semaine de janvier 1993, de fortes pluies ont gonflé l'Erdre et les ruisseaux. Le plan d'eau ressemblait à un lac et la rivière s'écoulait en un flot tumultueux. Au maximum de la crue, le lavoir était dans l'eau et l'on ne voyait plus les arches du pont. De mémoire de Freignéens, il fallait remonter à 1966 pour avoir vu le pont à saturation.

L'épisode dit quelque chose de ces ouvrages : construits au ras de l'eau, ils ont été pensés pour être submergés de temps en temps, et pour tenir quand même. Le lavoir a retrouvé ses dalles, le pont ses arches, et l'Erdre est ressortie de son lit à la mi-janvier 2023, trente ans plus tard, sans plus de dommage.

Une note d'orthographe, puisque ce site s'intéresse aux noms : nous écrivons Triannon avec deux n, comme les panneaux de la commune. Le Cercle Culturel de Freigné écrit « Trianon », et René de l'Esperonnière l'écrivait déjà ainsi en 1894 dans son Histoire de la baronnie de Candé. Les deux graphies coexistent de longue date.

Un patrimoine à reconnaître

Ces ouvrages ne sont pas protégés au titre des Monuments Historiques. Leur survie dépend donc de la vigilance des habitants et des collectivités. L'association mène un inventaire systématique du petit patrimoine bâti de Freigné (ponts, lavoirs, fontaines, calvaires) pour mieux le faire connaître et le défendre.

Situer ce lieu sur la carte interactive des Vallons-de-l'Erdre

Sources & pour aller plus loin