Maumusson : un Trésor de Retables Classés et le Martyre de l'Abbé Bouvier
L'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Maumusson (1614) : trois retables en tuffeau classés, un tableau du XVIIᵉ siècle classé depuis 1962, et l'abbé Bouvier.
Par Les Amis du Patrimoine de Freigné · · 4 min de lecture
L'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Maumusson, modeste vue de l'extérieur, recèle un patrimoine intérieur d'une grande richesse. Élevée en 1614 à l'emplacement d'une chapelle plus ancienne, elle fut commandée par Étienne Raoul de la Guibougère, seigneur de La Motte. La date se lit encore aujourd'hui sur un écu sculpté au-dessus du portail central. L'édifice a connu plusieurs phases d'agrandissement : un premier élargissement en 1824 avec l'ajout de deux ailes latérales, l'achèvement des bas-côtés entre 1843 et 1845, et la construction de la sacristie à la fin du XIXᵉ siècle.
Une nef romane et un clocher fortifié
Contrairement à ce que sa date de 1614 laisserait attendre, l'église n'a rien d'un édifice classique : elle est bâtie dans un style roman, avec des arcs, des fenêtres et des portails en plein cintre. Le plan d'origine dessine une croix latine autour d'une nef unique, et le clocher présente cet aspect trapu, presque défensif, que l'on retrouve dans plusieurs églises rurales du pays d'Ancenis. La flèche octogonale qui le couronne aujourd'hui est un ajout du XIXᵉ siècle, contemporain des grands agrandissements.
Trois retables en tuffeau classés
L'élément patrimonial le plus précieux de l'édifice est constitué par les trois autels en tuffeau, ornés de retables sculptés, classés au titre des Monuments Historiques. Ces œuvres témoignent de l'art religieux régional dans toute sa subtilité.
Le tableau perdu, et celui qui le remplaça
Un tableau majeur, offert en 1661 par les mousquetaires du roi, fut malheureusement perdu lors des troubles révolutionnaires. Pour le remplacer, on installa au milieu du XIXᵉ siècle une toile du peintre nantais Joseph-René Gouézou, représentant le martyre de l'abbé Bouvier, recteur de Maumusson. Massacré par les Républicains en 1794 lors des grandes violences révolutionnaires qui frappèrent toute la région, il eut, dit-on, le poignet tranché avant d'être fusillé. Il repose dans son église : sa pierre tombale se trouve dans le chœur.
« La Jérusalem céleste », classée depuis 1962
L'église conserve un autre trésor, plus discret et rarement mentionné : un tableau du XVIIᵉ siècle représentant la Jérusalem céleste, cette cité idéale décrite dans l'Apocalypse. Mesurant 170 centimètres de haut sur 150 de large, il est classé au titre objet par arrêté du 28 juin 1962 et figure à la base Palissy du ministère de la Culture sous la référence PM44000660. Son auteur reste inconnu. À lui seul, il justifie de pousser la porte.
Douze verrières du XIXᵉ siècle
L'église s'éclaire par douze vitraux du XIXᵉ siècle, contemporains des campagnes d'agrandissement, qui déroulent des figures bibliques et des scènes de la vie des saints. C'est un ensemble homogène, rare pour une paroisse de cette taille.
Un sauvetage financé par 249 donateurs
L'édifice a donné des signes inquiétants : les murs des nefs latérales se sont écartés et des pierres menaçaient de tomber. Des étaiements d'urgence ont été posés en 2017 pour la partie sud, puis en 2019 pour la partie nord, afin d'éviter la chute des arches de voûte. En décembre 2022, une souscription est lancée avec la Fondation du patrimoine : l'objectif de 150 000 € a été atteint à 100 %, grâce à 249 donateurs. Complétée par 105 000 € de mécénat et d'aides diverses, la Fondation a apporté au total 255 000 €. Les travaux étaient programmés de la fin 2024 à la fin 2025 et l'appel aux dons est aujourd'hui clos.
Souffrant, le curé prophète
Maumusson a eu une autre figure marquante, dont la renommée a largement dépassé le pays d'Ancenis. Mathurin Souffrant (1755-1828) fut curé de la paroisse pendant la Révolution et la Terreur, et n'a jamais voulu la quitter jusqu'à sa mort. Il doit sa célébrité aux prophéties qu'on lui attribue : le retour de la royauté en France, ou l'apparition de la Croix de Migné qu'il aurait annoncée sept ans à l'avance. Ces textes ont fait l'objet de tout un ouvrage, réédité jusqu'à aujourd'hui, et sa figure continue d'alimenter une littérature abondante.
Un mot de prudence s'impose : l'authenticité de ces prophéties est très discutée. Une part de ce qu'on lui prête viendrait d'ajouts postérieurs, empruntés à un auteur allemand qu'il avait lu et traduit. Le personnage historique — un prêtre resté au milieu de ses paroissiens dans les pires années de la Révolution — nous paraît largement aussi intéressant que le prophète qu'on a fabriqué ensuite. Nous préparons un article qui lui sera consacré.
Situer ce lieu sur la carte interactive des Vallons-de-l'Erdre
Ce lieu se trouve sur la commune de Maumusson, dans les Vallons-de-l'Erdre. À lire aussi : histoire et patrimoine de Maumusson.
Questions fréquentes
Que peut-on voir dans l'église de Maumusson ?
Trois autels en tuffeau ornés de retables sculptés classés Monuments Historiques, un tableau du XVIIᵉ siècle représentant la Jérusalem céleste classé au titre objet depuis 1962, une toile du peintre nantais Joseph-René Gouézou figurant le martyre de l'abbé Bouvier, douze verrières du XIXᵉ siècle, et la pierre tombale de l'abbé Bouvier dans le chœur.
De quand date l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Maumusson ?
De 1614. La date se lit sur un écu sculpté au-dessus du portail central. L'église a été élevée par Étienne Raoul de la Guibougère, seigneur de La Motte, à l'emplacement d'une chapelle plus ancienne, puis agrandie à plusieurs reprises au XIXᵉ siècle.
Qui était l'abbé Bouvier ?
Recteur de la paroisse de Maumusson, massacré par les Républicains en 1794 pendant les violences révolutionnaires. La tradition rapporte qu'il eut le poignet tranché avant d'être fusillé. Il est inhumé dans l'église, où sa pierre tombale se trouve dans le chœur, et son martyre est représenté sur une toile du maître-autel.
Qui était l'abbé Souffrant, curé de Maumusson ?
Mathurin Souffrant (1755-1828) fut curé de Maumusson pendant la Révolution et la Terreur, paroisse qu'il ne quitta jamais. Il doit sa notoriété aux prophéties qu'on lui attribue, notamment sur le retour de la royauté en France. L'authenticité de ces textes est toutefois très discutée : une partie proviendrait d'ajouts postérieurs.
L'église de Maumusson a-t-elle été restaurée ?
Oui. Après la pose d'étaiements d'urgence en 2017 et 2019, une souscription lancée en décembre 2022 avec la Fondation du patrimoine a permis de réunir 150 000 € auprès de 249 donateurs, complétés par 105 000 € de mécénat, soit 255 000 € au total. Les travaux étaient programmés de fin 2024 à fin 2025.