Le Manoir de Ghaisne de Freigné : une maison forte devenue presbytère
Au 15 rue du Presbytère à Freigné, une façade porte gravée la devise « 1565 turris fortitudinis ». Derrière elle : une maison forte du XV<sup>e</sup>…
Par Les Amis du Patrimoine de Freigné · · 4 min de lecture
Niché rue du Presbytère, en plein cœur du bourg de Freigné, le manoir de Ghaisne compte parmi les plus anciens témoins de l'architecture civile du secteur des Vallons-de-l'Erdre. Ses façades et ses toitures sont inscrites à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1968. Selon la tradition, il occuperait l'emplacement de l'ancien logis seigneurial du bourg.
« Turris fortitudinis » : une devise à trois sens
Gravée dans la pierre à côté de la date de 1565, la formule « turris fortitudinis » est une citation du psaume 61 : « Car Tu as été pour moi un refuge, une tour forte, en face de l'ennemi ». Une tour, donc, au sens stratégique, symbolique et religieux à la fois.
Mais la devise dit une troisième chose, plus personnelle. Elle rappelle le nom de la famille qui en a bâti les murs : la Tour-Landry. Avant que ne s'élève l'immense église du XIXe siècle, cette tour devait constituer dans le bourg un repère autrement plus présent qu'aujourd'hui.
Une maison forte organisée autour de son escalier
Probablement rebâtie au XVe siècle, cette ancienne maison « forte » s'organise autour d'un escalier solidement construit : des murs de 80 centimètres d'épaisseur et 56 marches en dalles de pierre bleue, l'ardoise de Nozay. Les dernières marches reposent sur la trompe, nom technique de cette portion de voûte qui donne à la tour sa silhouette si caractéristique, couronnée d'un haut toit en pavillon.
Cet escalier desservait la « salle » seigneuriale, du côté de l'actuelle rue du Presbytère, les chambres à l'étage, et une petite pièce logée directement sous le toit en pavillon. À l'intérieur, il reste aujourd'hui l'espace le plus authentique du logis.
La chambre du guetteur, devenue pigeonnier
Cette petite pièce sous les combles était un poste d'observation stratégique. Depuis sa fenêtre, on surveillait l'Anjou en direction de Candé ; une autre ouverture, à l'ouest, aujourd'hui murée, permettait de scruter la Bretagne. Le manoir se tenait sur une frontière, et sa tour servait à la regarder des deux côtés.
La chambre du guetteur est ensuite devenue un pigeonnier. On en voit encore les boulins depuis la rue, ces cavités qui servaient de nichoirs. Le détail n'est pas anecdotique : le droit de colombier était un privilège seigneurial, proportionné à l'étendue des terres. Sa présence atteste que le manoir en possédait de vastes.
De la Tour-Landry aux Beauregard de Grandmaison
Le manoir a été construit par les ancêtres des Ghaisne de Bourmont, la famille de la Tour-Landry. C'est à eux que l'on doit la campagne de 1565, qui modifie et agrandit visiblement le logis pour lui donner son ampleur actuelle, et dont le souvenir est resté gravé dans la pierre à côté de la devise.
Dès le XVIIe siècle, il passe aux mains des Beauregard de Grandmaison, dont un membre fut avocat au parlement d'Angers et procureur fiscal de la châtellenie de Bourmont.
Sous la partie la plus récente subsiste pourtant une cave voûtée qui semble bien plus ancienne. Elle laisse penser qu'une autre construction occupait déjà l'emplacement avant le manoir que nous voyons.
1856 : le manoir devient le presbytère
Alors que la construction de l'actuelle église Saint-Pierre-et-Saint-Paul est en cours, la commune achète en 1856 le « manoir de la Grande maison ». Le nom figure ainsi dans les archives, mais il faut y entendre une déformation du nom de ses propriétaires : Beauregard de Grandmaison.
Après travaux, le bâtiment reçoit une nouvelle affectation : il devient le presbytère du bourg, et le restera jusqu'au début des années 1980. Il l'est d'ailleurs encore dans la mémoire collective, et la rue en porte toujours le nom. Pendant un peu plus de cent ans, la devise du manoir aura ainsi pris une dimension toute religieuse.
Ce que les travaux de 1856 ont effacé
Les archives municipales conservent un certain nombre de documents et de plans de cette rénovation. Ils permettent de mesurer ce qui a disparu : certaines fenêtres sont modifiées et perdent toutes leurs meneaux, ces croisillons de pierre qui divisaient les baies. Des bâtiments annexes sont détruits, dont d'anciennes écuries.
La même campagne bâtit en revanche une nouvelle dépendance, toujours en place, ainsi qu'un joli chenil dont il ne reste aujourd'hui qu'une ruine.
Un manoir plus vaste qu'il n'y paraît
Depuis la rue, on ne devine pas l'ampleur du logis. Vu des jardins, replantés depuis 2020, le manoir se développe d'une façon insoupçonnée et présente deux pignons supplémentaires.
À l'intérieur subsiste encore une cheminée monumentale en ardoise, dans l'ancienne cuisine. Deux fours à pain s'y sont succédé au fil du temps, mais aucun des deux ne subsiste aujourd'hui.
Inscrit aux Monuments Historiques depuis 1968
Sous le nom de manoir de Ghaisne, les façades et les toitures sont inscrites à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques par arrêté du 20 septembre 1968. L'inscription est une protection partielle : elle ne porte pas sur l'ensemble de l'édifice, et ne doit pas être confondue avec un classement, qui constitue le niveau supérieur.
Le manoir est une propriété privée. Il s'observe librement depuis la rue du Presbytère, et ses extérieurs sont généralement ouverts à l'occasion des Journées du Patrimoine et des Rendez-vous aux jardins. Il figure parmi les étapes du patrimoine bâti de Freigné.
Situer ce lieu sur la carte interactive des Vallons-de-l'Erdre
Ce lieu se trouve sur la commune de Freigné, dans les Vallons-de-l'Erdre. À lire aussi : histoire et patrimoine de Freigné.
Questions fréquentes
Peut-on visiter le manoir de Ghaisne à Freigné ?
Le manoir de Ghaisne est une propriété privée. Il s'observe librement depuis la rue du Presbytère, au cœur du bourg de Freigné, et ses extérieurs sont généralement ouverts à l'occasion des Journées du Patrimoine et des Rendez-vous aux jardins.
De quand date le manoir de Ghaisne ?
La maison forte a probablement été rebâtie au XVe siècle, sur l'emplacement que la tradition attribue à l'ancien logis seigneurial. L'inscription « 1565 turris fortitudinis », gravée sur la façade, date la grande campagne qui lui a donné son ampleur actuelle. Une cave voûtée, sous la partie la plus récente, paraît plus ancienne encore.
Le manoir de Ghaisne est-il classé Monument Historique ?
Il est inscrit, et non classé : ce sont deux niveaux de protection distincts. Ses façades et ses toitures sont inscrites à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques par arrêté du 20 septembre 1968.
Que signifie « turris fortitudinis » ?
« Une tour forte », citation du psaume 61 : « Car Tu as été pour moi un refuge, une tour forte, en face de l'ennemi ». La formule évoque aussi le nom de la famille qui a bâti le manoir, la Tour-Landry.
Où se trouve le manoir de Ghaisne ?
Au 15 rue du Presbytère, dans le bourg de Freigné, commune déléguée de Vallons-de-l'Erdre (44540). Sa tour d'escalier coiffée d'un toit en pavillon se repère depuis la rue.
Pourquoi le manoir de Ghaisne s'appelle-t-il aussi le presbytère ?
La commune l'a acheté en 1856, pendant la construction de l'actuelle église, et en a fait le presbytère du bourg jusqu'au début des années 1980. La rue en porte toujours le nom, et beaucoup d'habitants le désignent encore ainsi.
Sources & pour aller plus loin
- Notice Mérimée – Manoir de Ghaisne, Freigné (base POP, Ministère de la Culture)
- Documentation historique du manoir transmise à l'association, août 2026
- Archives municipales de Freigné : documents et plans des travaux de 1856