Les Colères du Ciel à Freigné, de 1785 à nos Jours
« Il n'y a plus de saisons. » La phrase est vieille comme le village. Les écrits conservés à Freigné racontent une météo déjà très capricieuse — et…
Par Les Amis du Patrimoine de Freigné · · 2 min de lecture
« Il n'y a plus de saisons. » La phrase revient à chaque génération, et elle est probablement aussi vieille que le village. Les écrits conservés dans la commune, relevés par le Cercle Culturel de Freigné, racontent une météo déjà très capricieuse — et quelques journées dont personne n'a voulu perdre la trace.
Un mot sur ce qui suit. Ces dates ont été rassemblées par le Cercle Culturel à partir des écrits conservés à Freigné, sans que les documents d'origine soient précisés. Les grands événements — le séisme de 1889, la sécheresse de 1976, la tempête Lothar, l'été 2022 — se recoupent avec les chroniques nationales. Les autres relèvent du témoignage local, et nous les donnons comme tels : c'est la mémoire d'un village, pas un relevé de station météorologique.
Avant 1900 : des années stériles et deux séismes
- 1785-1786, deux années stériles : aucun fruit, aucun grain, aucun foin. Les mauvaises récoltes de 1788, dans tout le pays, nourriront les revendications de la Révolution.
- Décembre 1879, la neige couvre la terre tout le mois et le thermomètre descend à moins dix-huit degrés. Les anciens comparaient cet hiver à celui de 1829-1830.
- Nuit du 3 au 4 septembre 1889, une forte secousse tellurique, accompagnée d'un roulement prolongé semblable au tonnerre. Un second séisme, moins violent, le 27 décembre 1890 à 6 h 30 du matin.
- 1892, été accablant : la foudre tombe un grand nombre de fois sur la commune, les viviers et les ruisseaux sont taris et l'Erdre ne laisse plus couler qu'un filet d'eau.
- Mars à mai 1893, soixante-dix jours consécutifs sans un nuage. Le 17 août, plus de 33 degrés : les semailles et le foin de printemps manquent totalement.
On oublie facilement ce que ces lignes veulent dire pour une commune qui vit de ses champs. Une année sans foin, c'est un troupeau qu'on ne peut pas nourrir l'hiver ; soixante-dix jours sans pluie au printemps, c'est la récolte entière. En 1847 la récolte fut misérable, en 1848 elle fut d'abondance : d'une année sur l'autre, tout pouvait basculer.
Le XXᵉ siècle : le clocher, le gel et les orages
- 13 février 1900, une tempête emporte des vitraux et deux clochetons de l'église.
- 25 janvier 1938, phénomène très rare sous nos latitudes : une aurore boréale est visible depuis Freigné.
- 1948, la foudre abat le clocher ; le coq est retrouvé dans la cour de la ferme du Porche, et l'on vient le voir et le toucher avant qu'il ne remonte.
- Février 1956, de moins dix à moins dix-sept degrés pendant tout le mois : les céréales gèlent, et il faut ressemer du blé venu d'Afrique du Nord.
- Hiver 1962-1963, tous les points d'eau sont gelés ; des téméraires traversent la Loire en automobile à Ancenis.
- 1976, grande sécheresse : les moissons se font de nuit pour éviter que les machines ne mettent le feu aux champs, et la canicule approche les quarante degrés.
- Hivers 1985-1986 et 1986-1987, les canalisations gèlent ; les agriculteurs dégèlent les tuyaux au chalumeau, ce qui provoque des incendies d'exploitation — et même les tuyaux des pompiers sont pris en glace.
- Janvier 1993, l'Erdre déborde : le lavoir est dans l'eau et l'on ne voit plus les arches du pont.
- 16 août 1997, entre 16 h et 16 h 45, 80 mm d'eau tombent sur le bourg. Caves et sous-sols inondés, route de la gare impraticable, boue au bas de la butte du Tronc. De mémoire d'ancien, Freigné n'avait jamais connu un tel orage.
- 26 décembre 1999, la tempête Lothar emporte une partie de la toiture de l'église ; l'électricité est coupée de 7 h à 16 h dans le bourg, et plusieurs jours dans la campagne.
L'église revient souvent dans cette liste, et ce n'est pas un hasard : posée sur son éperon rocheux au-dessus de la vallée, c'est le point le plus exposé du bourg. Sa toiture, ses vitraux et sa flèche ont payé le prix de presque chaque tempête du siècle.
Depuis 2000 : les records tombent
- 2022, l'année bat les records de 1976 : 45 degrés relevés à Freigné, les champs brûlés, les animaux nourris dès l'été avec le foin de mai, et l'Erdre réduite à un filet d'eau au lieu-dit Ker sec.
- 11 décembre 2022, la neige tombe une heure sur un plan d'eau gelé depuis plusieurs jours ; deux semaines plus tard, Noël au balcon à 15 degrés.
- Mi-janvier 2023, après des mois de sécheresse, la pluie revient et l'Erdre sort de son lit — ce qui n'était pas arrivé depuis plusieurs années.
Ce que ces dates disent, et ce qu'elles ne disent pas
On pourrait tirer de cette liste la conclusion qu'on veut. Qu'il a toujours fait chaud, puisqu'il faisait 33 degrés en 1893. Ou que tout s'emballe, puisqu'on a relevé 45 degrés en 2022. Les deux lectures sont paresseuses. Ce qu'une chronique de village peut montrer, ce n'est pas une tendance climatique — il y faudrait des relevés continus et comparables —, c'est ce que les habitants ont jugé digne d'être écrit.
Et de ce point de vue, elle dit quelque chose de simple : à Freigné, on note le ciel quand il coûte cher. La grêle sur la rosace, les 80 millimètres qui remplissent les caves, le blé d'Afrique du Nord qu'il a fallu ressemer. C'est une comptabilité des dégâts autant qu'un journal du temps qu'il fait.
Raison de plus pour continuer. Si vous avez noté une date, gardé une photographie du plan d'eau gelé, de la crue de 1993 ou du bourg sous la neige, envoyez-la-nous : c'est ainsi que la liste s'allonge.
Ce lieu se trouve sur la commune de Freigné, dans les Vallons-de-l'Erdre. À lire aussi : histoire et patrimoine de Freigné.
Questions fréquentes
A-t-on déjà vu une aurore boréale à Freigné ?
Oui. Le Cercle Culturel de Freigné relève qu'une aurore boréale a pu être admirée depuis la commune le 25 janvier 1938 — un phénomène très rare sous ces latitudes.
Quel a été le plus violent orage connu à Freigné ?
Celui du 16 août 1997 : entre 16 h et 16 h 45, il est tombé 80 mm d'eau sur le bourg. Maisons, sous-sols et caves ont été inondés, la route de la gare rendue impraticable, et des arbres déracinés. De mémoire d'anciens, Freigné n'avait jamais connu un tel orage.
Y a-t-il déjà eu des tremblements de terre à Freigné ?
Deux secousses sont rapportées : une forte, dans la nuit du 3 au 4 septembre 1889, accompagnée d'un roulement prolongé semblable au tonnerre, et une seconde, moins violente, le 27 décembre 1890 à 6 h 30 du matin.
Sources & pour aller plus loin
- Cercle Culturel de Freigné, Petite et Grande Histoire de Freigné (origine des noms des rues et des villages)