Noms des Rues de Freigné : pourquoi le Bourg n'en avait Aucun avant 1987
Jusqu'au 27 mars 1987, Freigné n'avait pas de noms de rues. Six routes, un village en étoile, et des facteurs qui connaissaient tout le monde. Puis le…
Par Les Amis du Patrimoine de Freigné · · 6 min de lecture
Cherchez une lettre adressée à Freigné avant 1987 : elle ne porte pas de nom de rue. Elle porte un nom de famille, parfois un lieu-dit, et cela suffisait. Les rues du bourg n'ont été nommées qu'en 1987, à la fin du siècle dernier.
Six routes, et c'est tout
Freigné est un village-étoile, posé au carrefour de six routes, avec la place du Chêne-Vert comme point de convergence. Le premier plan cadastral, dressé en 1832, montre déjà cette disposition en étoile. Pendant des siècles, la commune, assise à la limite de la Bretagne et de l'Anjou, n'a connu que de grands chemins empierrés : les voies romaines, elles, ne desservaient pas le bourg mais passaient au nord et au sud, dans la campagne, et de grands sentiers permettaient d'y accéder : ce sont aujourd'hui des chemins de randonnée.
La route qui traverse le bourg est une route napoléonienne, la route de Baugé à Nort-sur-Erdre. Sa plaque de fonte, « Maine-&-Loire, route départementale n° 18 de Baugé à Nort », figure toujours sur le mur d'une maison du bourg, avec les distances vers Candé, Saint-Mars-la-Jaille et Vern. Cherchez-la : elle se voit depuis le trottoir.
Le conseil municipal du 27 mars 1987
Ce soir-là, à 20 heures, sous la présidence du maire Louis Poirier, douze conseillers sur quatorze sont présents. Le conseil « arrête le nom des rues de l'agglomération » et attribue un numéro à chaque habitation. Le motif est inscrit noir sur blanc dans la délibération : « afin de faciliter le travail des facteurs ». L'extrait du registre, reçu en sous-préfecture de Segré le 3 avril 1987, est reproduit dans le livre du Cercle Culturel.
Quatorze noms sont arrêtés d'un coup : rue Marie-Lardeux, rue (aujourd'hui chemin) de l'Enfer, rue du Presbytère, rue du Docteur-Thuau, rue du Recteur-Morin, rue du Moulin-Foulon, chemin du Prateau, rue du Mont-Friloux, rue Mélanie-Chalopin, rue de l'Échalier, rue du Maréchal-de-Bourmont, rue de la Gare, rue Saint-Maurice et place du Chêne-Vert.
- La route de Candé devient la rue du Mont-Friloux.
- La route de Saint-Mars devient la rue Saint-Maurice.
- La route de Maumusson devient la rue de la Gare.
- La route de Belligné devient la rue du Maréchal-de-Bourmont.
- La route de Vritz devient la rue du Moulin-Foulon.
- La route du Pin devient la rue Marie-Lardeux.
Un nom n'a pas tenu. La rue de la Gare rappelait la station de la ligne de Segré à Nantes, ouverte en 1884-1885 et dont les derniers tronçons ont été déclassés en 1992 et 1993. Dans la Base Adresse Nationale, que la commune tient à jour, cette rue est aujourd'hui inscrite sous le nom de rue de Maumusson : la route a retrouvé sa destination. Beaucoup de cartes en ligne portent encore l'ancien nom.
Pourquoi un « chemin de l'Enfer »
C'est le nom qui arrête tous les visiteurs, et son origine n'a rien de diabolique. Avant les routes napoléoniennes, ce chemin menait à Saint-Mars-la-Jaille et desservait la ferme de la Blunière, qui n'avait pas d'autre sortie. La voie n'était pas empierrée : l'hiver, les charrettes et le matériel agricole tirés par les chevaux enfonçaient leurs roues jusqu'au moyeu dans la boue. On disait alors « c'est un chemin d'enfer ! », comme on disait d'une situation difficile qu'elle était « d'enfer ».
Le nom populaire est resté, et en 1987 la municipalité l'a simplement repris tel quel. C'est peut-être ce qu'il y a de plus juste dans cette délibération : elle n'a pas inventé des noms, elle a écrit ceux que tout le monde employait déjà.
Le chêne qui n'était pas vert
La place centrale s'appelle place du Chêne-Vert depuis cette même délibération de 1987. Or l'arbre qui lui a donné son nom avait disparu depuis près de soixante-dix ans : planté vers 1850 à l'entrée du cimetière qui entourait alors l'église (la tradition voulait qu'on plante un arbre pour garder la mémoire des morts), il a dépéri en 1918, lors du transfert du cimetière route de Saint-Mars-la-Jaille.
Et d'après le Cercle Culturel, ce n'était pas un chêne vert, mais un chêne rouvre, l'espèce commune de la région. La place porte donc le nom d'un arbre mort en 1918 dont l'essence a été mal identifiée. C'est, à sa manière, une définition assez exacte de ce qu'est un nom de lieu.
Marie Lardeux, chirurgienne de Freigné
La rue Marie-Lardeux, l'ancienne route du Pin, porte le nom d'une Freignéenne de la Révolution. Le 15 avril 1794, la commission militaire révolutionnaire d'Angers condamne à mort quatre-vingt-dix-neuf personnes. L'affiche du jugement, reproduite par l'historien angevin Victor Godard-Faultrier, cite parmi elles « Marie Lardeux, fille âgée de quarante-cinq ans, chirurgienne de Freigné, près Candé ». Elle est fusillée le lendemain, 16 avril 1794, au Champ des Martyrs d'Avrillé, avec les autres condamnés.
Une femme chirurgienne dans un bourg rural du XVIIIe siècle : c'est déjà rare. Marie Lardeux fait partie des quatre-vingt-dix-neuf martyrs d'Angers que le pape Jean-Paul II a béatifiés le 19 février 1984, trois ans avant que le conseil municipal ne donne son nom à une rue. La délibération ne dit pas pourquoi elle a été choisie ; on ne peut que remarquer la proximité des deux dates.
Des noms qui racontent le village
Plusieurs de ces rues portent le nom de quelqu'un, et ce quelqu'un est presque toujours un Freignéen. La rue Saint-Maurice ne vient pas d'un saint patron mais du curé Maurice Body, arrivé en 1897, mort en 1919 et enterré au pied du calvaire du cimetière : il avait monté une troupe de théâtre pour occuper les jeunes et fait bâtir, vers 1904, le patronage : théâtre, musique, billard, tir à la carabine, ping-pong. Le nom fut choisi après discussion entre lui et le maire Ludovic Heulin.
La rue du Recteur-Morin rappelle Antoine-Luc Morin, curé réfractaire, qui habitait en 1789 le plus ancien presbytère de Freigné, le bâtiment que le bourg appelle Triannon, et qui offrit à la première église l'horloge que l'on remonte encore aujourd'hui au clocher.
D'autres noms décrivent simplement le lieu. Un échalier, c'est le passage aménagé dans une haie ou une clôture, avec des traverses de bois, qui laisse passer les gens mais pas les bêtes : le mot vient du latin scala, l'échelle. La rue du Mont-Friloux, l'ancienne route de Candé, porte le nom du Mont-Friloux, une butte dont le sommet est de schiste ardoisier. La rue du Moulin-Foulon, l'ancienne route de Vritz, porte le nom du moulin foulon de l'Erdre, et la rue du Maréchal-de-Bourmont rappelle le plus célèbre des seigneurs du château de Bourmont, Louis-Auguste-Victor de Bourmont, fait maréchal de France en 1830.
Restent trois noms dont nous n'avons pas encore retrouvé l'histoire avec certitude : la rue du Docteur-Thuau, la rue Mélanie-Chalopin et le chemin du Prateau. Si vous savez qui étaient le docteur Thuau et Mélanie Chalopin, écrivez-nous : nous compléterons cet article.
Enfin, une rue est venue s'ajouter bien plus tard : la rue Jean Hobé, proposée par le Cercle Culturel et validée par le conseil municipal en novembre 2014, en mémoire de l'instituteur arrêté devant ses élèves en avril 1941.
Une précision utile si vous comparez avec les panneaux : les noms de cet article sont ceux de 1987. Depuis, les adresses de toute la commune sont tenues dans la Base Adresse Nationale, et les chemins de la campagne y ont reçu eux aussi un nom, comme le chemin de la Hersandière. Le livre du Cercle Culturel a été écrit avant ces changements.
Ce lieu se trouve sur la commune de Freigné, dans les Vallons-de-l'Erdre. À lire aussi : histoire et patrimoine de Freigné.
Questions fréquentes
Depuis quand les rues de Freigné ont-elles un nom ?
Depuis la délibération du conseil municipal du 27 mars 1987, qui a nommé quatorze rues et attribué un numéro à chaque habitation, « afin de faciliter le travail des facteurs ». Avant cette date, le bourg ne connaissait que six routes, désignées par leur destination.
Pourquoi une rue s'appelle-t-elle le chemin de l'Enfer à Freigné ?
Parce que cette voie non empierrée, qui menait à Saint-Mars-la-Jaille et desservait la ferme de la Blunière, était impraticable l'hiver : les roues des charrettes s'y enfonçaient jusqu'au moyeu dans la boue. On disait « c'est un chemin d'enfer ». Le nom populaire a été repris tel quel par la municipalité en 1987.
D'où vient le nom de la place du Chêne-Vert ?
D'un chêne planté vers 1850 à l'entrée de l'ancien cimetière qui entourait l'église, et qui a dépéri en 1918 lors du transfert du cimetière. D'après le Cercle Culturel de Freigné, ce n'était pas un chêne vert mais un chêne rouvre, l'espèce commune dans la région.
Qui était Marie Lardeux, dont une rue de Freigné porte le nom ?
Une chirurgienne de Freigné, condamnée à mort à 45 ans par la commission militaire d'Angers le 15 avril 1794 et fusillée le lendemain au Champ des Martyrs d'Avrillé. Elle fait partie des martyrs d'Angers béatifiés par Jean-Paul II le 19 février 1984. La rue a reçu son nom en 1987.
Que veut dire « échalier » dans la rue de l'Échalier ?
Un échalier est un passage aménagé dans une haie ou une clôture, avec des traverses de bois, qui permet aux gens de passer sans laisser sortir le bétail. Le mot vient du latin scala, l'échelle.
Sources & pour aller plus loin
- Cercle Culturel de Freigné, Petite et Grande Histoire de Freigné (origine des noms des rues et des villages)
- Délibération du conseil municipal de Freigné du 27 mars 1987 (fac-similé reproduit par le Cercle Culturel)
- Victor Godard-Faultrier, Le Champ des Martyrs, Angers, 1852 (13e lettre, d'après l'affiche du jugement du 26 germinal an II)
- Martyrs d'Angers, béatifiés le 19 février 1984 (liste et dates)